Classique veut dire autorité, au même caractère que le coup de fouet ancien
Un pas de côté un coup de pied au cul On ne déroge pas




Classique veut dire en musicologie : la période entre la mort de Jean-Sébastien Bach (1750) et la naissance de la génération romantique (cca. 1810).
Pour être plus précis : le pré-classique, c’est l’Empfindsamkeit (à partir de 1740), et le post-classique, c’est le romantisme (fondé par le « Mehr Ausdruck der Empfindung als Malerei » de la 6e Symphonie de Beethoven en 1808, ou par l’Erlkönig op. 1 de Schubert en 1815).
Classique veut dire : la disparition de l’instinct et de la floraison, ou (plus diplomatiquement) le nouvel éclairage porté sur les constructions structurelles et dramaturgiques. Haydn et Mozart, en innovant, opposent à la génération de Vivaldi et Corelli la RAISON. Fin de partie. C’est l’application de principes rationnels, en même temps que la quête d’efficacité. De la rhétorique et l’idéalisme, on souhaite rendre visible le formel, et si possible le meilleur d’entre tous. Et le reste, à la revoyure.
En poésie, ce classique voudrait dire : cristalliser, formaliser, muséifier. Aux poèmes ça voudrait dire : les monuments historiques, l’inspecteur des travaux finis, le présent antérieur. Mettre en ordre le chaos. Qui est-on pour faire ça ? Qui se croit encore aujourd’hui « comme maître et possesseur », et de lui-même et de ses alentours ?
La RAISON et l’étude sont distinctes de tout travail de création, de toute esthétique. L’écriture ne doit pas être rationnelle : elle doit se faire l’écho  immédiat du feu à la tête, de la corde au cou, des membres.
Moi je ne subirai pas mon ignorance des fins et des causes en écrivant : je dirai cette chose que je connais, et qui s’agite. 




Moi poète,
Du travail que je fais pour le chaos, du prêt que je lui fais de ma gorge et ma main, je tire un suc obscur. J’en sais la vérité, et tant que je la sais, j’écris. Je n’ai pas de temps à perdre, pas de temps à faire perdre. Ma seule imagination tient au fait de donner à voir : du chaos sans nom, sans forme, je dois donner une forme sensible. Le résultat n’a pas à être compris sur des critères de beau ou de raffinement. Mon seul labeur tient à la quête de précision : que dans le plus d’âmes qui soient, mes mots réveillent la même fractale du chaos. Que mon caillou jeté au cratère endormi fasse renaître les flammes. Et de là les ratures.
J’appelle à une autre lecture fondée non pas sur l’agencement rationnel de phrases (classique) mais sur la floraison de fractales du chaos — comme dans la nature, et donc comme dans l’homme.

La poésie c’est la rate et le pancréas que j’ai cherchés en trifouillant mon propre ventre et qui frétillent là sur la table
C’est l’auto-trépanation à la lumière de l’instinct c’est le caillot et tiens-toi bien Ambroise Paré
C’est la quête des mots impossibles des images nécessaires : la mise en scène d’une vérité avec les moyens du bord, et à bord du bateau-langue on n’a pas grand-chose de vrai, donc on tâtonne




Le congre est un poisson de mer osseux apode de la famille des anguillidés. Sa chair n’est pas noble, son allure est laide, son caractère lunatique — combien il donnerait pour être autre chose — et on le sait capable d’occasionner de profondes morsures
Il n’a rien de rationnel : on lui préférerait tout
Il a à l’œil paresseux le goût du vain, de la chose qu’on n’aurait pas dû passer autant de temps à chercher
Mais attendez-y voir, qu’il a des choses à faire valoir





D’anti-classique il ne peut que se revendiquer. Et pro-quoi, sinon ses entrailles ?